Pékin, la pomme de discorde
Après le passage de la flamme olympique à Paris, et des manifestation anti-chinoise sur la question tibétaine en France, les annonceurs sont en train de se demander jusqu’où sponsoriser les J.O. peut nuire l’image de leurs entreprises.
Pour RSF, reporters sans frontières, la réponse est oui : communiquer autour de cet événement paut avoir un
effet nocif. Un sondage du groupe CSA montre que 63 % des français seraient favorables au boycott des produits d’un sponsor des jeux, si un tel appel était lancé.
Au moment de la désignation, le 13 Juillet 2001, plusieurs gouvernements et entreprises avaient vu dans ces JO la possibilité d’une ouverture de la Chine vers la démocratie, et, accessoirement (ironie !), aux produits occidentaux d’un marché de 1,3 milliard de personnes. À cette époque, le président du Comité International Olympique, Juan Antonio Samaranch, était un très grand supporteur de cette idée et les entreprises se préparaient avec entrain pour ces Jeux, une opportunité unique de faire apparaître leur marque à côté des cinq anneaux multicolores. Mais, désormais, la situation n’est plus aussi évidente.
La répression au Tibet
Le Tibet a été annexé par la République Populaire de Chine en 1950. En 1959, suite a une insurrection, plusieurs milliers de tibétains trouvèrent la mort lors de la répression chinoise. Le Dalaï Lama fut contraint de fuir vers l’Inde.
En mars 2008, suite à l’emprisonnement de plusieurs moines, des centaines de manifestants descendent dans la rue pour demander leur libération. Des émeutes débutent dans la capitale tibétaine, Lhasa. Ces manifestations finissent par une violente répression de Pékin et la mort, selon les sources tibétaines, d’une centaine de manifestants. C’est exactement, à ce moment qui certaines ONGs, surtout RSF, des personnalités et une partie de la presse, dont Libération va demander, de façon directe ou non, le boycott des jeux olympiques.
Boycott
D’abord, la critique s’est portée sur les athlètes, mais bien vite, la contestation s’est tournée vers les gouvernements, avec des demandes de boycott, notamment des cérémonies d’ouverture. Soucieux des relations diplomatiques et commerciales, plusieurs chefs de gouvernement, dont Nicolas Sarkozy, ne se sont pas encore positionnés clairement.
Après le passage de la flamme à Paris la nouvelle cible des ONGs pro tibétaines, et des médias, maintenant encore plus représentés, sont les entreprises partenaires et les possibles annonceurs. Un appel au boycott des sponsors, avec parmi eux Coca-Cola, General Eletric, Kodak, Mc Donalds et Visa, a été lancé dans les medias, comme le site Beta Politique. Dans le même temps, les consommateurs commenceraient à se montrer réfractaires aux produits liés aux JO, comme le montre le sondage RSF.
L’effet pas encore mesure
Une étude réalisée par la société allemande Sport+Markt a montré qu’une moyenne de 52% des interviewés dans le monde entier s’intéressent aux Jeux Olympiques de Pékin, dont 48% en Europe occidentale. Des résultats qui, selon la société d’études, montrent que “les sponsors des prochains JO ne souffrent pas tant que ça de la vague de contestation mondiale actuelle”. En revanche, ces chiffres ont été établis pendant la période de contestation au Tibet, il reste impossible de savoir si l’effet post-passage de la flamme peut avoir du poids dans les résultats.
Chiffres d’affaires
Selon Zenith-Optimedia, le surcroît d’investissements publicitaires pour le JO de Pékin est de l’ordre de 3 milliards de dollars en 2008, dont 1 milliard seulement en Chine. En plus, il y a la possibilité d’ouverture sur le marché chinois et les 4 milliards de téléspectateurs présumés. La même étude de la société Sport+Markt a constaté l’augmentation de notoriété des annonceurs officiels en Chine, avec des chiffres d’identification de 14%, pour Adidas, à 38% pour Lenovo. « Le travail d’activation de leur partenariat au niveau local semble porter ses fruits même s’il est difficile de mesurer l’impact futur des événements sur leur image de marque » selon la société.
Existe-il une solution envisageable ?
Si « la possibilité de faire bouger la situation (politique en Chine) est minime » selon Jean Philippe Béja, co-auteur de Droits humain en Chine : le revers de la médaille. Les entreprises partenaire tiennent pour l’heure à une certaine neutralité, même avec le risque de boycott. C’est le cas du groupe Carrefour, qui a eu dû annuler une campagne de promotion en Chine pour cause d’esprit anti-Français, après le « non-passage » de la flamme à Paris.
D’autres jouent sur les deux tableaux : le groupe Yahoo accepte d’un côté de donner aux autorités chinoises les moyens techniques d’arrêter un dissident et de l’autre s’est « rachetée » en créant un fonds pour aider les familles de prisonniers.
Guilherme Celestino